Si j'osais, je dirais que nous avons une nouvelle pièce à charge contre l'hypothétique <a href="https://medipodcast.eu/fr/lobesite-metaboliquement-saine-existe-t-elle/">obésité métaboliquement saine</a>. Début 2025, la Commission Diabète et Endocrinology du Lancet a proposé une <a href="https://www.thelancet.com/journals/landia/article/PIIS2213-8587(24)00316-4/abstract" target="_blank" rel="noopener">nouvelle définition de l'obésité</a> allant au-delà de la simple constatation d'un indice de masse corporelle (IMC) élevé. Pour faire simple disons que l'obésité était définie: <ul> <li>soit par un IMC très élevé (> 40) ou correspondant à l'IMC traditionnel (> 30) plus, au moins une mesure anthropométrique (tour de taille, rapport taille hanche, ratio taille/hauteur) dépassant les seuils spécifiques selon l'âge et l'origine ethnique,</li> <li>soit par un IMC < 30, mais avec au moins deux mesures anthropométriques dépassant les seuils spécifiques selon l'âge et l'origine ethnique).</li> </ul> Une équipe américaine a évalué l'impact de cette nouvelle définition sur les données de plus de 300.000 individus de la cohorte longitudinale All of Us. Publiés dans <b>JAMA Network Open</b>, les <a href="https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2840138" target="_blank" rel="noopener">résultats</a> indiquent que le taux d'obèses selon le classique IMC ≥ 30 était de 43%, qu'il passe à 69% en utilisant la nouvelle définition et que l'augmentation est quasi entièrement due à l'inclusion d'individus ayant une obésité strictement anthropométrique (IMC < 30 mais 2 mesures anthropométriques dépassant le seuil spécifique selon l'âge et l'origine ethnique. <h2><i>La belle affaire me direz-vous…</i></h2> Le problème est que tout cela n'est pas qu'une simple question de chiffres. Les résultats indiquent également que les sujets ayant une obésité purement anthropométrique ont comme ceux avec IMC élevé, mais dans une moindre mesure, un retentissement clinique de leur obésité (diabète et hypertension notamment), ce qui augmente leur risque cardiovasculaire. L'<a href="https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2840142" target="_blank" rel="noopener">éditorial d'accompagnement</a> de l'article (également en accès libre et gratuit) s'interroge sur ce qu'il convient de faire de ces résultats et avance que la nouvelle définition n'est peut-être que la dernière d'une longue série encore à venir. Si à ce stade, vous n'êtes pas encore saturé, sachez que l'<b>Association Américaine d'Endocrinologie Clinique </b>vient de publier un <a href="https://www.endocrinepractice.org/article/S1530-891X(25)00977-2/fulltext" target="_blank" rel="noopener">consensus d'experts</a> tout à fait digne d'intérêt car il fait presque fi de l'IMC et s'appuie sur l'existence et la sévérité des atteintes et complications en relation avec l'obésité. En qualifiant l'obésité de <b>maladie chronique liée à l'adiposité</b> et en privilégiant une approche individualisée, centrée sur les complications et ayant une vision à long terme, ces recommandations s'éloignent des modèles centrés sur le poids, qualifiés d'obsolètes. Comme le souligne les experts dans leur conclusion "<i>L'objectif n'est pas seulement la perte de poids, il faut principalement se focaliser sur les résultats en termes de santé globale, sur la réduction du fardeau de la maladie et sur l'amélioration de la qualité de vie et prodiguer des soins basés sur des données probantes et centrés sur le patient</i>". Nous ne saurions mieux dire.