Une équipe de chercheurs japonais pointe du doigt deux bactéries normalement présentes dans l'intestin dont l'action conjointe sur la paroi colique contribue à la formation de selles peu hydratées, compactes et donc difficiles à évacuer.Dans le cadre de leurs expérimentations rapportées dans Gut Microbes, les chercheurs ont montré que le duo Akkermansia muciniphila et Bacteroides thetaiotaomicron agissait de concert pour endommager la couche de mucus qui tapisse la muqueuse intestinale et dont une des fonctions est justement de garantir des selles de consistance relativement molles et une progression régulière et harmonieuse vers le rectum.Cette nouvelle donnée mérite-t-elle d'être soulignée ?Très probablement puisque les chercheurs avancent que cela contribue à expliquer l'échec des traitements qui ne sont que symptomatiques et ouvre potentiellement des voies de recherche de traitements à visée étiologique.A ce stade, les chercheurs montrent que les deux bactéries agissent selon une séquence bien déterminée. Dans un premier temps, B. thetaiotaomicron enlève de façon enzymatique les groupements sulfates qui participent à la cohésion de la mucine, ce qui permet alors à A. muciniphila de l'attaquer et de la digérer.Des travaux menés chez des souris ont confirmé cette séquence et ont montré qu'en l'empêchant de se produire, il n'y avait ni apparition de constipation ni altérations de la mucine. La piste de l'intervention sur le processus enzymatique fragilisant la mucine est désormais activement explorée.Mais l'essentiel est peut-être ailleurs !Chemin faisant, les chercheurs ont mis en évidence un lien avec la maladie de Parkinson. Concrètement, les patients ayant une maladie de Parkinson ont souvent un long passé de constipation chronique qui est mis sur le compte d'un dysfonctionnement neurologique qui se manifeste plusieurs années avant le tremblement et les classiques signes moteurs de la maladie. Or il se trouve que des taux élevés des deux bactéries précédemment mentionnées ont été retrouvés chez des parkinsoniens. Ce pourrait-il que nous soyons en présence de biomarqueurs susceptibles d'être présents bien des années avant le début neurologique classique de la maladie ? Même si ce n'est pas le cas, nous pouvons au moins espérer soulager la constipation pour aider les patients.L'article disponible en open access est sans doute un peu aride, mais la lecture de l'abstract et/ou du communiqué de presse académique constitue déjà une excellente base.