Au temps lointain de mes études, la médecine était encore un art baigné de littérature et d’humanisme. Elle est, depuis, devenue une science de plus en plus rigoriste et désincarnée De nos jours, une part importante de l’activité des médecins est consacrée à appliquer des recommandations, suivre des directives, se soumettre aux règles de bonne pratique et coller au plus près des référentiels qu’ils soient ou non opposables.
Vous me trouvez trop dur ?
Alors réfléchissez aux ukases des 10.000 pas par jour, aux diktats des 5 fois 30 minutes d’activités physiques journalières par semaine, à l’obligation des 5 portions de fruits et légumes, aux x heures de sommeil par jour et depuis peu, à la régulation du nombre d’heures de temps passé sur les écrans….
Toujours pas convaincus ?
Alors rappelez-vous ou prenez conscience que les nombres nous gouvernent, qu’il s’agisse du poids, de l’IMC, de la pression artérielle, de la glycémie, du cholestérol, de la CRP, de nos globules blancs ou rouges… et que presque toujours, les images et les taux supplantent la clinique.
Indiscutablement, tout cela contribue à augmenter notre espérance de vie (tiens encore un nombre !), mais cela contribue-t-il à augmenter notre bien-être et notre joie de vivre ?
Tradition oblige, lorsque 2 personnes se rencontrent, elles se disent “Comment ça va ?“. Mais c’est par pure convenance.
Je suis sans doute un vieux (c’est indiscutable) ronchon (c’est à vous d’en juger), mais j’ai de plus en plus l’impression que la consultation médicale suit le même chemin. Vérifier que tout est dans les clous ou faire en sorte que cela rentre dans l’ordre, l’emportent désormais sur la façon dont “ce qui ne va pas” perturbe la vie du patient au quotidien.
Et cela me semble très dommageable pour tout le monde.
J’ai longtemps hésité à vous faire part de ce constat. Ce qui m’a convaincu c’est la découverte que j’étais loin d’être le seul à me poser des questions que j’avais tendance à considérer comme existentielles (autrement dit futiles et sans intérêt général).
A l’appui de mes dires et de mes réflexions, je vous invite à lire l’article d’opinion Healthcare’s moral emergency: reconnecting healthcare with its mission and purpose paru dans le British Medical Journal et peut-être encore plus l’analyse qu’en a fait le site StudyFinds.com.
Excellente lecture et fructueuses réflexions.



