Bien manger, apprendre dans de bonnes conditions, faire du sport, dormir correctement, voir un médecin ou un dentiste quand c’est nécessaire, cela ressemble à une définition assez ordinaire de l’enfance. Pourtant, en Belgique aussi, ces évidences restent hors de portée de nombreux enfants.
La Belgique dispose d’un système de soins assez performant et largement accessible, mais derrière cette réalité générale se cache une autre réalité, celle des enfants qui grandissent dans des familles pour lesquelles chaque dépense compte.
Et lorsqu’un ménage doit choisir entre remplir le frigo, payer le chauffage, acheter des chaussures, régler une facture scolaire ou avancer certains frais de santé, la santé de l’enfant peut progressivement devenir une variable d’ajustement.
La précarité infantile ne se résume pas uniquement au manque d’argent, elle touche tout ce qui permet de grandir en bonne santé.
Un enfant belge sur cinq est exposé au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale
Selon les données publiées en 2026 par “Vers une Belgique en bonne santé” , environ 20 % des enfants de moins de 17 ans en Belgique sont exposés au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale.
Derrière ce chiffre se cachent des réalités très concrètes.
L’enquête SILC 2024 de Statbel montre que 13,8 % des enfants belges âgés de 0 à 15 ans connaissent une privation matérielle spécifique à l’enfance. Cette proportion atteint 38,4 % parmi les enfants vivant dans les 20 % de ménages aux revenus les plus faibles, 28,2 % dans les familles monoparentales et 50,5 % lorsque les parents ont un faible niveau d’instruction.
Agir dès maintenant.
En Belgique, des enfants manquent encore de ce qui leur permet de grandir en bonne santé : alimentation, soins, activité physique, matériel scolaire, lunettes, suivi médical.
Vous pouvez contribuer concrètement.
Scannez ce QR code, ou faites un don via ce lien, et soutenez la prise en charge des besoins essentiels d’un ou plusieurs enfants.
Bien manger n’est pas toujours évident
Parmi les enfants interrogés dans l’enquête de Statbel, 1,8 % ne disposent pas, pour des raisons financières, de fruits ou de légumes au moins une fois par jour, et 3,3 % ne peuvent pas bénéficier quotidiennement d’un repas comprenant viande, poisson ou équivalent végétarien.
À l’échelle d’une population entière, ces pourcentages peuvent sembler faibles, mais pour l’enfant concerné, ils représentent pourtant des dizaines voire des centaines de repas.
Or l’alimentation n’est pas périphérique à la santé, elle intervient dans la croissance, le développement, l’immunité, les apprentissages et la prévention de maladies futures.
La santé, c’est aussi pouvoir participer
La précarité agit également sur des choses que nous classons parfois un peu rapidement parmi les « loisirs ».
Statbel estime que 7 % des enfants sont privés, pour des raisons financières, d’activités régulières de loisirs en dehors du domicile. 3,5 % ne disposent pas d’équipements permettant des jeux extérieurs comme un vélo ou des rollers, et 2,3 % ne peuvent participer à certaines activités scolaires payantes.
Pourtant, le sport, le mouvement, les relations sociales et le sentiment d’appartenance font eux aussi partie de la santé.
En Belgique, seuls environ la moitié des enfants et trois adolescents sur dix atteignent les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé en matière d’activité physique dans les données 2022-2023.
La pauvreté peut donc ajouter un obstacle supplémentaire à une situation déjà préoccupante, ne pas pouvoir s’inscrire dans un club, participer à une excursion, apprendre à nager ou simplement disposer du matériel demandé ne produit pas seulement une privation ponctuelle, cela peut également produire de l’exclusion.
Et l’exclusion a aussi des conséquences sur la santé.
Puis vient le moment où il faut consulter
C’est probablement ici que le problème devient le plus visible pour les professionnels de santé que vous êtes.
Dans l’enquête SILC 2024, 1,1 % des enfants n’ont pas consulté un médecin alors qu’ils en avaient besoin. Pour le dentiste, la proportion monte à 3,5 %.
À nouveau, ces moyennes nationales doivent être interprétées avec précaution.
Statbel souligne que les difficultés d’accès aux soins médicaux et dentaires sont plus fréquentes chez les enfants vivant dans les ménages aux revenus les plus faibles, chez les locataires, dans les familles monoparentales et lorsque les parents disposent d’un niveau d’instruction plus faible.
Ce phénomène s’inscrit dans une problématique plus générale bien connue en Belgique. L’INAMI constate que si l’accès aux soins est globalement bon, les obstacles restent plus importants pour les groupes socio-économiquement vulnérables, notamment en raison des coûts, de la complexité du système et des démarches nécessaires pour accéder à certains dispositifs.
Il suffit parfois de peu pour que le parcours de soins se fragilise. Une consultation reportée, des lunettes que l’on attend, un appareil orthodontique impossible à financer, un suivi psychologique interrompu, une séance de kinésithérapie qui représente une dépense de trop, ou simplement la difficulté d’avancer une somme avant son remboursement.
Pris séparément, chacun de ces renoncements peut sembler limité, mais additionnés pendant plusieurs années d’enfance, ils ne le sont plus du tout.
Un mauvais départ peut laisser une longue trace
La santé de l’adulte se construit en partie pendant l’enfance.
Nutrition, activité physique, sommeil, environnement, santé bucco-dentaire, santé mentale, réussite scolaire et accès précoce aux soins interagissent les uns avec les autres.
C’est précisément ce qui rend la pauvreté infantile particulièrement préoccupante, elle ne prive pas seulement l’enfant d’un bien ou d’une activité, elle peut cumuler les désavantages.
Moins bien manger peut peser sur l’énergie et la concentration, l’échec ou le décrochage scolaire peuvent fragiliser l’estime de soi, l’absence de sport ou de loisirs peut réduire les relations sociales, l’insécurité matérielle peut nourrir le stress et l’anxiété.
Et lorsqu’un problème de santé apparaît, les ressources nécessaires pour y répondre peuvent manquer. Une étude de la pauvreté infantile ne peut donc pas séparer artificiellement le médical du social. Pour un enfant, tout est lié.
Comprendre pour agir
C’est précisément cette approche globale qui traverse cette année les deux colloques “Enfance et pauvreté : comprendre pour agir”, organisés dans le cadre de la Semaine contre la pauvreté infantile.
Le premier devait se tenir le 8 octobre à l’Université de Liège , il a malheureusement dû été reporté à la suite des troubles qu’à connu Liège cette semaine. Il devait aborder les droits de l’enfant, la santé mentale, le décrochage scolaire, les réalités du terrain et les conséquences systémiques de la pauvreté.
Ce colloque est actuellement en cours d’une nouvelle planification.
Le second se tiendra le 15 octobre à HOGENT, à Gand, avec une approche particulièrement tournée vers les expériences de terrain, les droits de l’enfant, les partenariats et les moyens de transformer la réflexion en actions concrètes.
Ces rendez-vous sont portés dans le cadre du programme Pelicano de la Fondation Reine Paola. Pour Medipodcast®, l’enjeu n’est pas institutionnel, il est sanitaire, parce que derrière la question de la pauvreté infantile se trouve une question qui devrait concerner directement tous les acteurs du soin :
Peut-on accepter que la situation économique d’une famille influence encore la capacité d’un enfant à grandir en bonne santé en Belgique ?
Nous consacrons, depuis des mois, un THEMA à cette thématique des précarités.
Et si le monde de la santé apportait aussi son aide pour combattre ce fléau ?
Les médecins, pharmaciens, infirmiers, dentistes, kinésithérapeutes, psychologues et autres professionnels de santé sont souvent parmi les premiers à constater les conséquences de la précarité.
Ils voient les consultations tardives, les traitements reportés, les problèmes dentaires qui s’aggravent, des lunettes qui manquent, des adolescents en souffrance, des difficultés alimentaires.
Ils ne peuvent évidemment pas résoudre à eux seuls la pauvreté infantile. Bon nombre d’entre eux agissent déjà dans leur pratique quotidienne, en apportant de l’aide ou … en offrant la consultation.
Mais collectivement, le secteur de la santé peut contribuer à changer concrètement la trajectoire de certains enfants.
Le programme Pelicano soutient actuellement des enfants dans six domaines essentiels : alimentation saine, vêtements, soins médicaux et paramédicaux, sport et loisirs, soutien scolaire et hygiène personnelle. L’aide est personnalisée et peut se poursuivre jusqu’à l’obtention d’un diplôme ou la fin de la formation. Ainsi, ils pourront ensuite jouer un rôle actif dans la société et sortir du cercle vicieux de la pauvreté.
Les moyens sont gérés par des partenaires de terrain qui connaissent les besoins de chaque enfant; ils peuvent servir, selon la situation, à payer des soins médicaux, des lunettes, des frais dentaires, des repas, du matériel scolaire ou une activité sportive.
Professionnels de santé, si vous preniez collectivement soin d’un enfant au-delà de vos cabinets ?
Un don peut contribuer à financer pendant un an les besoins essentiels d’un enfant.
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